L’Écriture
Exploiter l’imaginaire à travers la narration
L’écriture est au coeur de notre démarche artistique
Trois extraits de textes écrits et lus par Marjorie PAGLIAI
Souvenir d’Océan
[Extrait #1]
Regardez ces grandes eaux salées où l’on ne veut que revenir, dont on ne fait que rêver. Regardez ! Écoutez ! Ce petit fracas, ces grands clapotis qui nous aident à dormir.
[…]
Pourquoi revenir ? Pourquoi attirés sans cesse ? Devant ces eaux qui sur la durée conservent et rongent, qui dans la même seconde font naître et assassinent.
[…]
Et sur ma main mouillée, et sur mon bras scintillant, j’ai vu paraître du bleu. Et ce n’était pas mes veines à travers ma peau transparente.
[…]
Dans le creux de mon poignet c’était le reste d’une écaille bleue, c’était le reste de quelque chose de brillant sur cette peau devenue fade. J’ai frissonné au souvenir de cette enveloppe colorée que j’avais perdue, tombée en mue.
[…]
Au toucher le souvenir est revenu. Au toucher ma mémoire a frémi. Au toucher de ce sel liquide une brèche a craqué et ce qui avait été oublié a coulé devant mes yeux.
[…]
Voilà pourquoi nous revenons voir l’océan. Voilà pourquoi face à ces vagues des larmes salées coulent sur nos joues.


Derrière le brouillard
[Extrait #2]
Les flocons de neige fondaient en tombant sur ma peau. J’avais l’impression de bouillir au milieu de tout ce froid. Ma peau fumait et flambait. Chaque petit cristal de glace venant s’échouer là, sur mon épaule ou sur le bout de mon nez, disparaissait en vapeur d’eau. Et cette vapeur d’eau venait alimenter le brouillard ambiant. À moi seule, j’avais l’impression d’embrumer toute la montagne. J’étais comme un fer rouge vif que l’on vient tremper dans l’eau froide. Autour, tout se met à bouillir et à fumer dans un chuchot infernal. Ça dure un certain temps, et puis plus rien. Tout redevient paisible. Le fer ne flamboie plus, il se teinte d’un gris rassurant, il repose au fond du seau. L’eau s’est réchauffée et s’échappe en volutes de vapeur, comme une tasse de thé noir réconfortante, un après-midi d’ennui. Moi, je suis comme ce fer brûlé à vif. J’attends flocons après flocons que le froid me saisisse, que le flambeau s’éteigne pour changer de couleur.
[…]
Je me fige. Quelqu’un est là. Comme au théâtre, la fumée se dégage d’un côté et de l’autre pour laisser apparaître au centre, une ombre, un visage inconnu. À quelques dizaines de mètres de moi, quelqu’un est là. Debout, de profil, couvert d’un grand manteau de fourrure qui flotte dans le vent.
L’Apesanteur est un songe
[Extrait #3]
Que les oreilles bourdonnent
Que les pas légers résonnent
Que les cris étourdis chuchotent
Que les injures moqueuses s’apaisent
Que les visions ordinaires se brouillent
Que les mouvements soient pesants
Que le rêve s’élève
Que le réel s’écrase
Que l’apesanteur soit songe
Que la gravité soit vraie
Quand les muscles capitulent
Quand les jambes se plient
Quand le buste est soumis
Quand le marbre est glacé
Quand le contact frisonne
Quand le corps s’oublie
Et que l’esprit sourit

